La vie de Gabriel Veyre est intimement liée aux débuts de la photographie en couleurs. En 1897, il est chargé par les frères Lumière de promouvoir un procédé de reproduction des couleurs, la trichromie au charbon, en organisant dans le monde entier des projections d'épreuves photographiques en couleurs. L'année suivante, il fait les premiers essais de colorisation de films dans les laboratoires Konishi à Tokyo. Devenu photographe du sultan du Maroc en 1901, il initie à la trichromie le jeune Moulay Abd el Aziz qui réalise quelques éclatants portraits de ses femmes. L'effet des "clichés aux trois couleurs" est saisissant mais le procédé, trop compliqué, est vite abandonné par les frères Lumière. Le 17 octobre 1903, ces derniers déposent le brevet de la plaque autochrome.

Apparemment le principe est simple, pourtant, de l'aveu de Louis Lumière, ce fut l'invention la plus difficile à mettre au point. L'autochrome se compose d'une mosaïque de grains de fécule de pomme-de-terre (6 000 à 7 000 au mm2) teintés en rouge-orangé, vert et violet, interposés entre une plaque de verre et une émulsion photographique au gélatino-bromure d'argent. Ce réseau à grains a pour fonction de filtrer les rayons lumineux avant qu'ils n'impressionnent l'émulsion sensible. Après développement et inversion, ce sont les grains colorés vus en transparence qui forment l'image en couleurs.

Dès la commercialisation de l'autochrome en 1907, Gabriel Veyre fut l'un de ses plus fervents ambassadeurs, trouvant dans la lumière du Maroc une source inépuisable d'inspiration.

Grâce à l'ingéniosité du procédé et à la perfection de la réalisation, l'autochrome remportera le marché de la couleur pendant plus de trente ans.

Mais à l'heure de la reproductibilité, il présente des handicaps : il est une vue unique, visible par transparence et dont les couleurs très subtiles sont difficilement transposables sur papier. En 1935, l'arrivée de nouveaux procédés type Kodachrome le condamne à disparaître.

Gabriel Veyre s'éteint en même temps que l'autochrome, laissant des centaines d'images remarquables qui font partie aujourd'hui de la mémoire visuelle du Maroc.



Gabriel Veyre - 1935